Vide

Voyager seul, ça donne le vertige parfois. Il y a les arbres, les restaus, les campings, mais ça n’est pas assez pour un esprit habitué à tourner à cent à l’heure. Donc je ressens un vide. Un vide tellement immense que les quelques peurs, souvenirs, pensées pour les proches et autres projections que mon esprit fabrique semblent absurdes au milieu de cet espace infini, comme des décors de cinéma au milieu d’un désert immense. Je les abandonne pour m’occuper du vide.

Un regard distant sur nos vies genevoises, nos vies de petites fourmis que nous remplissons avec acharnement. On aimerait croire que ce sont des contraintes extérieures qui nous tombent dessus, mais au fond on sait tous que nous sommes seuls responsables de cette préoccupation constante.  Contre quoi on se bat, tous, à remplir nos agendas comme ça? Et puis, quand on a un peu de temps libre, on picole, on se divertit, on fait du sport pour ne penser à rien d’autre.

Contre quoi on se bat tous, sérieux?

Contre l’insignifiance peut-être. Quelques décennies sur Terre à faire tout un cinéma pour une enfance perdue, des amours brisées, des enfants ingrats, heureusement parsemées de joies éphémères. Mais la direction, c’est la tombe, pour tout le monde. Les Hitler, les Dupont, les Rupert Murdoch, par ici la sortie, merci quand même d’avoir essayé de vous distinguer (certains y ont cru).

Enfin, le vertige, ça n’amène pas grand chose. Des considérations trop générales tout ça. Y’a des questions comme ça, comme UBS, des “too big too fail”, mais le parlement n’a à ma connaissance pas encore prévu de légiférer pour qu’on évite d’y toucher. Quand j’étais petit, on m’expliquait que l’univers n’avait pas de fin, et quand j’essayais d’imaginer, ça me faisait des picotis, comme un 404 dans ma tête, et je trouvais ça rigolo. Alors aujourd’hui je vais quand même pas perdre mon temps à faire des ctrl+r et à m’énerver pour rien.

Je constate juste ceci, parce que sinon ça servait à rien de dire tout ça. Quand j’étais petit, je remplissais ce vide par des mondes imaginaires, des histoires fantastiques, des légendes dont j’étais le héros. Depuis que je suis adulte, je remplis avec des préoccupations, des peurs, des débats stériles sur des questions auxquelles je ne comprends pas grand chose (mais je suis vachement doué pour faire semblant).

Crotte, c’était plus marrant d’être gamin. Je pourrais ré-essayer, mais je suis pas sûr que ça va plaire à mini-Calvin.



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